Lettre de confinée

8 mai 2020

Je lis toujours mes mails, les mails qui informent du confinement puis du déconfinement pour peut-être se reconfiner ensuite, quelle déconfiture !
A force, je me sens bouillir de l’intérieur, agitée sur ma chaise de bureau.
Si je me lève je vais aller m’activer, nettoyer, ranger pour m’apaiser, c’est sûr il y a toujours à faire…

Mais cette fois c’est le stylo que j’attrape, une envie d’écrire. Cela fait longtemps que je m’en empêche.

J’ai le cœur gros, la poitrine oppressée la tête lourde, la mine défaite, la bouche grave.
Je subis l’ oppression extérieure, ce monde qui va mal et qui me fait mal, ces informations qui me déforment, me font peur, me font me replier dans ma bulle. Je me coupe des autres, pas la force de me poser pour les appeler. Ce confinement ne me donne pas de temps pour copiner, prendre des nouvelles.

Je subis tout en m’efforçant de garder le moral, pour lui, pour elle, encore pour lui et pour moi. Un déni ? Peut-être.

Hier, au moment ou l’on parlait planning, on allait espacer les skypes avec le groupe, réduire, maintenant que l’on passe au déconfinement.
Et puis non, on pourra quand même se connecter jeudi prochain si on en a besoin…
C’est à ce moment-là précis que j’ai lâché, que ma gorge s’est serrée tout comme mon sternum, les larmes sont arrivées, enfin. Larmes qui m’ont fait prendre conscience que ce moment-là, ce lien , ce temps pour moi était précieux.

Mes larmes réveillées par votre absence future venaient faire écho à l’éloignement forcé que je subis avec lui, et l’éloignement que j’allais subir avec elle.
STOP, c’est trop, je ne veux pas que ma bulle éclate, je me suis faite à son confort, j’en connais les contours, si un élément bouge, je sens bien que j’ai une période de flottement, un tiraillement, je suis désorientée et puis bien sûr je me réadapte…

J’ai pleuré sur la peur d’être séparée.

Garder espoir, avoir confiance en demain, je suis une optimiste.

Oui, mais là, la suite est incertaine, les non-sens m’animent, je suis une femme en colère.

Il y a déjà ces putains de rêves qui m’habitent, mes rêves décousus, incongrus, graves qui me réveillent. C’est sûr je vais m’en rappeler puis plus rien, tout disparaît…

Il y en a un qui est resté accroché.  » je suis avec un groupe de personnes que je connais, on rit, on est heureux, nous allons visiter un musée sous l’eau. Une sorte de musée qui descend en pente douce où l’on doit finir par s’immerger totalement, armés de bulles sur nos têtes reliées à un tuyau qui nous permet de respirer. Je marche, je descends petit à petit dans l’eau, bonnes sensations, j’aime être dans l’eau, je suis bien . Les parois sont magnifiques, féeriques, je suis bien. Soudain je me sens tirée violemment en arrière par ce fil qui me relie à la vie, et puis, une explosion, sourde et brutale.

Je vais bien, juste effarée par ce que je vois. Certains, trop avancés dans ce dédale ne sont pas ressortis. Alors j’y retourne, et je découvre des gens au sol, gisant au fond de l’eau, inanimés. Je ramasse une tête, la ramène hors de l’eau, un coup de soufflette dans le visage, elle revient à la vie. « 

Je me réveille, perdue.
Impossible de savoir combien de têtes j’ai pu sauver, où sont les autres ? Je les aime…
En ramenant ce rêve à la réalité, j’ai la nausée. Ce chemin à suivre, ces gens qui meurent parce qu’ils ont fait confiance.

Enfin quelques mots de posés, je ne me suis pas agitée pour oublier ma colère de fond, je ne suis pas allée m’occuper à d’autres fins que de fuir la réalité.

Je m’efforce de rester lucide pour ne pas me perdre avec toutes ces controverses, ces paradoxes qui me laissent pantoise. Rester positive, donner du sourire pour moi et ceux qui m’entourent, après, on verra bien.

C. 8 mai 2020 , Entre confinement – déconfinement

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